Thursday, September 07, 2006

La diaspora (1ère partie)

Après moult réflexions sur le thème du prochain billet, je me suis dit qu'il valait la peine de jeter une lumière crue sur une diaspora qui n'a jusqu'à aujourd'hui pas reçu toute l'attention qu'elle mérite, à savoir la diaspora valaisanne (prononcer Djaspora). J'espère qu'aucun lecteur ne verra là une basse manoeuvre mercantile visant à contenter une grande parte de mon lectorat qui s'est récemment connectée à Jackadit suite à un article précédent.

La diaspora du Vieux pays est l'une des plus importante diaspora à l'intérieur même du pays dont elle fait partie. D'ailleurs, on trouve extrêmement peu de membres de cette communauté en dehors des frontières helvètiques, sinon ça serait beaucoup trop dur de rentrer en Valais le week-end. Contrairement à d'autres diaspora dont on dit qu'ils ont des attributs physiques similaires, difficile de reconnaître un Valaisan d'un autre citoyen helvétique (à part des Appenzellois parce qu'ils ont une boucle d'oreille et qu'ils sont petits). Mais, miracle, dès qu'il se met à parler, le doute n'est plus permis.

Observons donc ces deux cadres bancaires qui se rencontrent, dans la sollenité de leur costume trois pièces, pour un repas d'affaires, sans savoir auparavant avec certitude que son interlocuteur provient du même canton (l'un s'appelait Evéquoz, l'autre Fournier, y'avait donc d'emblée un doute): après deux phrases, le premier demande : dis-donc, tu s'rais pas valaisan ou bien ? L'autre répond du tac au tac : Toi aussi ? des choses pareilles ! Droit derrière, ils font schmoliz, commandent une bouteille de blanc à la place de la San Pellegrino - Marc Rosset, si tu nous lis, on pense à toi - et se mettent à parler de leur beau pays à la place du contrat qu'ils auraient dû signer, mais y'a des choses plus importantes dans la vie que les contrats, à moins qu'il s'agisse d'un contrat de mariage portant sur la somme modique de 45 millions de Livres sterling, quel con ce McCartney. Enfin bref.

Des études scientifiques rigoureuses ont réussi à prouver sans l'ombre d'un doute que par la suite, en moins de 30 secondes, les deux personnes auront trouvé une connaissance commune, que ce soit un ancien camarade de classe, un membre de la parenté ou encore un collègue de fanfare.

Les exilés valaisans se morfondent bien souvent dans leur terre d'accueil. Pour chasser ce spleen existentiel, ils consultent au moins une fois par jour la Bible, soit sur internet, soit en l'achetant directement au kiosque. Cet exercice permet au Valaisan de survivre pendant les cinq premières jours de la semaine, donc de tenir jusqu'au vendredi, jour béni qui pour la majorité de la diaspora, signifie le retour en Valais. Ce retour obsède l'exilé qui pendant toute la journée est comme un lion en cage, qui n'attend qu'on ouvre la porte pour aller bouffer le petit gamin qui le jour avant n'a pas cessé de lui jeter des cacahuètes dessus. Saleté de gamin. Donc au niveau productivité, c'est pas top. A 16h30, il est dans les startings-blocks, prêt à rentrer, qu'il travaille à Genève, Berne ou Romanshorn. Tel le saumon, il doit remonter vers ses origines. D'ailleurs, avec un peu de bol, il y rencontrera la femme de sa vie ce week-end au Mira (c'est en tout cas une des opinions largement répandues chez les specimens mâles). Dans le train, on reconnaît facilement le specimen, attablé par groupe de quatre dans un wagon avec une bouteille de Johannis' de meilleur tonneau, et faisant la revue des activités festives du week-end. En voiture, ils sont sur la piste de gauche pour être le plus vite possible dans le Vieux pays, et laissent systématiquement échapper un "aaaahhhh" de soulagement lorsqu'ils passent entre les deux tunnels de St-Maurice. Les autorités fédérales avaient d'ailleurs, par un stratagème fallacieux, tenté de mettre fin à ce flot incessant, en bouchant un des tunnels qui permettaient le passage. En vain.

9 Comments:

Anonymous pascal said...

c'est tellement vrai.
mais jeudi prochain, on inverse la vapeur. c'est le Valais qui descend à Genève.
On va mâter ces Allemands au Stade de Genève.

pascal

4:20 AM  
Anonymous un Evéquoz anonyme said...

C'est Evéquoz qu'on dit avec l'accent.

Ces quoi ces histoires d'écorcher ce beau nom de famille ?

4:49 AM  
Blogger Jack said...

Désolé pour cette coquille, qui a été de ce pas corrigée. Je suppose que ce n'est d'ailleurs pas la seule du billet, mais bon...

5:37 AM  
Blogger Julien said...

J'ajouterai qu'on peut, de manière générale, tout de même reconnaître un valaisan sans l'entendre parler: il a les cheveux courts devant et longs derrière et roule dans une voiture tunée...
Voila, si maintenant tu veux parler du stéréotype du vaudois, je ne t'en voudrais pas, ce ne serait qu'un juste retour des choses!

8:03 AM  
Anonymous Laure said...

Exactement !! C'est moi ! C'est nous !!

1:24 PM  
Anonymous la Dââââââme VS said...

les cheveux courts devant et longs derrière et une voiture tunnée? t'es jamais allé en valais toi?!!!

merci Jack pour ces articles apologiques sur le Valais.. une pure merveille

2:48 AM  
Anonymous Marignan said...

C'est quand même un tout petit peu caricatural, ou bien ?

6:46 PM  
Blogger Jack said...

@ 1515 : Honnêtement, si peu... :-)

7:22 AM  
Blogger Pan said...

Très, très bon, Jack! :D

Je ne suis pas encore membre de la dispara et je vis encore en Erez Supersaxo, mais quand je m'exilerai, ce sera plus loin que les frontières fédérales.

Bravo et merci pour ce billet!

10:01 AM  

Post a Comment

<< Home